Une rencontre inattendue au SoFi Stadium
Quand Jesse Marsch a fait son entrée dans la salle de presse du SoFi Stadium à Inglewood, en Californie, un matin de février 2025, la plupart des personnes présentes ne s’attendaient pas à la suite immédiate des événements. La question posée, presque anodine au premier abord, portait sur son ressenti à animer l’équipe du Canada « avec tout ce contexte politique qui prédomine en ce moment ». Cette interrogation était une manière polie d’évoquer l’insistance répétée de Donald Trump affirmant que le Canada devrait devenir le 51e État américain. Marsch avait attendu ce moment précis depuis plusieurs mois, et il était prêt à répondre avec une honnêteté sans pareille .
Une déclaration qui a marqué les esprits
« En tant qu’Américain, je me sens honteux de l’arrogance et du mépris que nous avons démontrés envers un de nos alliés historiquement les plus anciens, les plus forts et les plus loyaux », a déclaré Marsch, provoquant un silence immédiat dans la salle avant que celle-ci n’explose en applaudissements. Cette déclaration a fait la une des journaux internationaux . « Avec le Canada, j’ai trouvé un endroit qui incarne pour moi les idéaux et les valeurs que le soccer et une équipe représentent, mais aussi ce qu’est la vie : l’intégrité, le respect et la conviction que de bonnes personnes peuvent accomplir de grandes choses ensemble », a poursuivi l’entraîneur . Ce moment illustre parfaitement l’homme que Jesse Marsch est : un Américain de 52 ans originaire de Racine, au Wisconsin, arrivé au Canada comme un étranger, qui a traversé le pays de ville en ville pour comprendre ce que signifie véritablement être Canadien, et qui a fini par devenir, selon l’expression de l’un de ses propres joueurs, « plus Canadien que nous » .
Le parcours d’un milieu de terrain travailleur
La route de Marsch jusqu’à la Coupe du Monde 2026 représente une des histoires les plus captivantes du soccer actuel. Comme joueur, il était un milieu défensif travailleur de la MLS, ayant joué 14 saisons avec le D.C. United, le Chicago Fire et le Chivas USA, remportant trois titres MLS et obtenant deux sélections avec l’équipe nationale des États-Unis . Bien que rien de spectaculaire par les standards des superstars, ce labeur constant a façonné toute sa carrière d’entraîneur par la suite.
La transition vers l’entraînement et l’ascension européenne
Sa carrière d’entraîneur a débuté avec l’Impact de Montréal en 2012, lors de leur saison inaugurale en MLS, avant qu’il ne prenne les rênes des Red Bulls de New York. Là, ses équipes au pressing intense ont remporté le Supporters’ Shield et lui ont valu le titre d’entraîneur de l’année en MLS . Cette réputation l’a conduit en Europe, au cœur du réseau Red Bull. À Red Bull Salzbourg, il a tout raflé : deux doublés consécutifs championnat-coupe d’Autriche et des participations consécutives à la phase de groupes de la Ligue des champions pour la première fois de l’histoire du club . Il est devenu le premier entraîneur américain à remporter un grand titre européen, une prouesse historique . Puis sont venus RB Leipzig, et ensuite Leeds United, un passage tumultueux et très médiatisé en Premier League anglaise qui s’est terminé par un licenciement en février 2023. C’est là que le chapitre suivant de sa carrière se préparait discrètement, menant à sa nouvelle opportunité au Canada .
L’opportunité qui a changé sa vie
Après Leeds, Marsch est devenu un des principaux candidats pour entraîner l’équipe nationale masculine des États-Unis. Il voulait ce poste ardemment et a même refusé un engagement avec un autre club de Premier League parce qu’il était convaincu que U.S. Soccer allait le recruter. Ce n’est pas ce qui s’est passé, car ils ont réembauché Gregg Berhalter . L’affront a fait mal, mais ce qui ressemblait à un lot de consolation, le poste au Canada offert en mai 2024 avec un salaire partiellement subventionné par les clubs MLS canadiens, s’est transformé en quelque chose de bien plus grand . En quelques mois, il avait guidé le Canada vers une quatrième place à la Copa América 2024, leur première participation à la compétition sud-américaine. Ils ont poussé l’Argentine à la limite en demi-finale et n’ont perdu la finale pour la troisième place contre l’Uruguay qu’aux tirs au but après une égalisation tardive . Pour un nouvel entraîneur avec une équipe débutante, la quatrième place était une véritable prouesse, et les amateurs canadiens étaient conquis .
Le style unique appelé « Maplepressing »
Le style de Marsch est immédiatement reconnaissable : pressing incessant, transitions rapides et intensité physique élevée. Il l’appelle le « Maplepressing », un clin d’œil à ses racines Red Bull adapté aux qualités athlétiques spécifiques de l’effectif canadien . Le système exige tout des joueurs sur le plan physique, mais il leur donne aussi une identité claire et la confiance qui vient de savoir exactement ce qu’on attend d’eux .
Une approche humaine hors du terrain
En dehors du terrain, son approche a été tout aussi distinctive. Il a joué le rôle de coach, de mentor et presque d’agent, aidant des joueurs comme Cyle Larin et Ali Ahmed à trouver de meilleures situations en club pour élever leur niveau avant le Mondial . Quand le milieu de terrain Liam Millar a subi une déchirure des ligaments croisés, Marsch l’a appelé immédiatement, a aidé à organiser les meilleurs soins médicaux, et a invité toute la famille de Millar à séjourner chez lui en Toscane pour récupérer . « Jesse a été extraordinaire avec moi », a dit Millar. « Il a invité ma famille chez lui et évidemment je n’allais pas refuser son invitation » .
Honnêteté et stratégie pendant la Coupe du Monde
La phase de groupes de cette Coupe du Monde a offert aux Canadiens un portrait complet de l’homme. La victoire 6-0 contre le Qatar était tout ce que le système de Marsch peut produire . La défaite contre la Suisse a rappelé qu’il est humain. Après la défaite 2-1, il s’est présenté au micro sans se défausser sur quiconque. « J’aurais dû passer à cinq défenseurs pour verrouiller le jeu à la mi-temps — j’aurais dû faire ça », a-t-il dit. « Nous étions trop passifs en début de deuxième mi-temps » . Et puis il y a eu le leurre Davies, placer un Alphonso Davies blessé sur le banc contre la Suisse uniquement pour forcer l’adversaire à consacrer sa préparation à se soucier de lui. « J’ai écouté leur conférence de presse et ils ont posé trois questions sur Alphonso Davies », a dit Marsch en souriant. « Alors ils ont au moins dû se préparer pour ça » . Ça a marché, c’était malin, c’était très Marsch .
La suite et l’engagement jusqu’en 2030
Le Canada est en huitièmes de finale pour la première fois de son histoire, et Marsch a déjà signé une prolongation de contrat jusqu’à la Coupe du Monde 2030 . Quoi qu’il arrive cet été, il a changé le soccer canadien. Il est arrivé comme un étranger et est devenu l’incarnation de ce que cette équipe représente . Le match de ce jour contre l’Afrique du Sud à 15 h HE sur TSN et CTV est le prochain chapitre. Quoi qu’il advienne ensuite, c’est aussi le moment de Jesse Marsch .
